Posté le 05.07.2007 par mouiteabsolue
Déjeuner avec Bréville et Crouzat au Procope. J'étale mon concept de mouité. Bréville s'eclaffe bruyamment. Crouzat- il a toujours été plus réfléchit que ce grand chien de Bréville - se demande, je cite, "s'il n'y a pas déjà quelque chose comme ça quelque part chez Aristote". Je répond sèchement: "non". Crouzat me trouve, je cite, "bien péremptoire". Je ne peux m'empêcher, à ces mots, de critiquer son amour immodéré et démodé pour la scolastique, à la grande joie de Bréville. Au dessert, j'évite ostensiblement de commenter la crème brûlée. Nous nous réconcilions en disant du mal de Sartre, qui, dit-on, est obsédé par les trous.
J-B Botul.
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Posté le 05.07.2007 par mouiteabsolue
En vérité, je pense que le métaphisique du mou reste à faire.Ne parlons pas de la physique: la loi des trois états de la matière ne parle point du mou (qu'on ne saurai à un état intermediaire entre le liquide et le solide, ni à une formespécifique du solide: une balle molle rebondit, ce que ne saurait faire un solide comme le fer a repasser).
Je ressens une urgence d'inventaire: recenser les objets mou et les classer. Mais ce serai évidement une perte de temps. Mieux vaut relire Kant et travailler au corps le concept. Et d'abord, dissocier flexible et mou. Flexibilité s'oppose a rigidité, il n'y a pas d'antonyme strict a dureté: mollesse est sémantiquement déporté. Donc, aujourd'hui, et après réflexion, je forge le concept de mouité. Une bonne chose de faite.
Reste à trouver comment "mouité" peut se dire en allemand, pour faire sérieux. Je dis ça en souriant, mais cette emprise de l'Allemagne sur la philosophie commence à me fatiguer sérieusement. Naguère, il fallait savoir le latin et le grec pour philosopher; maintenant, il faut comprendre Heidegger dans le texte, puis le commenter. Exactement comme aux pires moments de la scolastique, quand on ne lisait plus que les commentaires des commentateurs des commentaires d'Aristote.
J'ai citer cet Heidegger parce qu'il est la coqueluche d'une clique de sophistes issus des meilleures écoles (les grandes, évidement), qui font circuler ses opuscules anti-humanistes avec vénération. Il paraît qu'il prêche à l'universté de Freibourg-en-Brisgau, et se complaîtà porter des culottes de peau tyroliennes comme le premier national-socialiste.
J-B Botul.
Posté le 05.07.2007 par mouiteabsolue
La philosophie ne s'est pas assez intéressée aux choses molles et flexibles. L'osier , pour le flexible, le flan, pour le mou, restent des territoires mal explorés.
Le flexible se pare d'une qualité essentielle, que l'on nomme: flexibilité. C'est grâce à elle que le roseau plie, mais ne rompt pas. Et comme l'homme est un roseau pensant; la flexibilité peut être avantageusement considérée comme un humanisme. Du reste, pour signifier un renoncement a la sévérité, l'on dit: se laisser fléchir. Et aussi: fléchir les genoux. Réfléchir. La ré-flexion est donc à la flexion, dans une certaine mesure, ce que la ré-pétition est à la pétition. Ou encore: la ré-vision, à la vision. "Il faudra que je réfléchisse à la réflexion" est une étrange proposition. Mais, baste: toutes ces spéculations nous entraîneraient trop loin des phénomènes.
D'une certaine manière, il entre dans les présupposés que le mou est un état corrompu du dur. Lequel est préférable - allez savoir pourquoi. L'ambition mécaniste spécule sur une perfection fonctionelle du dur. Principe mâle? Quoi qu'il en soit, tout objet dur semble posséder plus d'Etre qu'une chose molle. Il se prête mieux au concepte. Dans les morales antiques, mou et corrompu sont quasi synonymes. La vertu est rigide, le vice est mou. Le mou, cependant, autorise une appréhension plus subtile de la sustance. Et il y a certainement autant d'Etre dans un flan aux oeufs qua dans un os de poulet. Ou alors Quoi? Prenons par exemple le fromage: le caillé (ou la cancoillotte) a-t-il moins d'Etre que le compté (ou pour atteindre le meilleur degré de dureté, une très vieille mimolette)? Rien n'est moins certain.
A ce propos je pense souvent à ce beau proverbe des Corbières: "ce n'est pas en remuant la râpe qu'on fait venir le gruyière." Que veut-il dire exactement?
J-B Botul.
Posté le 04.07.2007 par mouiteabsolue
Intéréssante conversation avec un certain Renard(?) sur l'art de la vannerie. Il doit se ronger les ongles atrocement, ces doigts m'ont paru raccourcis d'une phalange.
Va pour l'osier. Mais comment nouer les brins? S'ils tiennent par leur propre entrelacement, ce qui me semble possible, d'après les informations de ce gitan (il boit comme un trou), il faut supposer que la carapace de la conscience est rigidifiée par une tension. Intéressant.
Au petit Saint-Benoît, poétique bouillon sis rue Saint-Benoît, j'ai dévoré un salé aux lentilles qui m'a laissé rêveur. On ne dira jamais combien l'art de la chacuterie constitue, avec la construction des cathédrales, la signature même du génie propre de la chrétienté. S'est-on jamais demandé comment s'était forgé le concept de paté de tête? Car une charcuterie de cette complexité ne peut simplement résulter d'un concours d'expériznces ou d'un jeu d'intérêts. Le pâté en tête, c'est la réfutation radicale du pragmatisme anglais. Il relève de l'Esprit, un point c'est tout. Et m^me du Saint-Esprit, sans qui personne n'aurait eu l'idée de lier le museau avec de la gelée.
J-B Botul.
Posté le 04.07.2007 par mouiteabsolue
Une représentation assez adéquate de la conscience pourrait, éventuellement, être: une sorte de balle vide confectionnée en vannerie. Autrement dit, une sphère creuse, tissée en joncs flexibles mais résistants. Ou en osier. Me documenter sur l'art de la vannerie. En tout cas, l'idée, c'est que l'interieur, lieu de la conscience, est separé de l'exterieur (le monde) par un tissage assez fort pour que les phénomènes rebondissent sur cette envellope, mais d'une imparfaite étanchéité. Il n'y a queKant pour être étanche. Ou les stoïciens. Les autres prennent leur parti d'être, dans un sens, perméable, et dans l'autre d'avoir des fuites.
Ne nous leurrons pas: la grande question qui reste en travers du gosier de la phénomenologie, c'est ce rapport entre l'interieur et l'exterieur. Nous répugnons désormais, en modernes impénitents, à tenter de donner une représentation physique de l'âme et de ses accesoires. Etrange recul du materialisme: on scrute le cerveau, on compte ses cellules, on localise ses fonctions mais on n'a plus la moindre idée de l'allure générale que pourrai revêtir la pensée en tant qu'organe. Lucrèce, c'est peut-être philosophiquement bidon, mais c'est drôlement stimulant pour l'imagination. Des atomes, des poussières, des courants d'air - la vie même. Nous avons laissé en jachères des notions époustouflantes: la porosité, par exemple. On l'exploite dans tous les laboratoires scintifiques, on n'en fait rien en philosophie. Pourquoi ne pas envisager que la conscience est un filtre poreux qui livre des conceptes à la pensée en decantant les phénomènes comme certaines carafes purificatrices, ou bien une centrifugeuse?
Quand on a passé comme moi son enfance à la campagne, on est sensible a l'écoulement du caillé à travers la faisselle. Ou a l'epanchement du miel liquide dans les rayons de la ruche. Ainsi se répand Dieu dans le monde, selon Chrisppe, ou Cléanthe, enfin bref un stoïcien. Peut-on mieux représenter l'immanence?
J-B Boutul.
Posté le 04.07.2007 par mouiteabsolue
Voilà voilà voilà.
Tout commence ici.
Je vais poster les bouts de manuscrit laissser par J-B Botul et qui composent son essai sur le mou: La métaphisique du mou.
C'est un essai assez loufoque dont j'ai prit un énorme plaisir à lire.
Je le dedie a tout ceux qui aiment le fromage et les grosses poitrine!!
A voir, a devoré...
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